Interview du docteur Philippine Rabaud-Carrie
Une interview sans filtre de notre médecin préféré de Royan (spécialiste des injections) afin d'expliquer les dernières évolutions des traitements préventifs et curatifs du vieillissement. On aborde l'acide hyaluronique, les polynucléotides, les skins booster, la mésothérapie, NCTF et plus encore...
Antoine Pinto
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Q: Docteur, quand on parle aujourd’hui de “préventif” et “curatif” du vieillissement, de quoi parle‑t‑on concrètement ?
Dr Philippine Rabaud‑Carrie: J’aime comparer l’entretien de la peau à une course de marathon, c’est une course de fond. Le préventif, c’est l’entrainement / un soin quotidien : protéger du soleil, stimuler le collagène, hydrater en profondeur. Le curatif, c’est « réparer la cheville foulée » : combler, retendre, redonner des volumes perdus. En 2025, l’arsenal s’est affiné: on stimule davantage la peau pour qu’elle “travaille” elle‑même, et on réserve le comblement pur aux zones qui en ont réellement besoin.
Q: L’acide hyaluronique reste‑t‑il la star ?
Dr PRC: Oui, mais on l’utilise plus intelligemment.
Préventif: micro‑injections d’acide hyaluronique faiblement réticulé ou en micro‑gouttes pour l’hydratation et l’éclat, sans changer les volumes.
Curatif: gels plus structurants pour restaurer des volumes (pommettes, menton) ou lisser un sillon marqué.
Pratique: une bonne analyse faciale et la bonne profondeur d’injection comptent autant que le produit. On évite la “même seringue pour tout le visage” et on respecte les proportions naturelles.
Q: On entend beaucoup parler des polynucléotides. Qu’est‑ce que c’est et à qui ça s’adresse ?
Dr PRC: Les polynucléotides sont des fragments de chaînes nucléiques purifiés. Leur intérêt: relancer l’activité des fibroblastes, optimiser la qualité de la matrice extracellulaire et l’homéostasie cutanée.
Effet attendu: peau plus dense, plus souple, meilleure texture et luminosité; moins de “froissé”.
Indications: prévention dès les premiers signes de fatigue cutanée, mais aussi en curatif léger à modéré, zones délicates (cernes creux débutants, cou, décolleté, mains).
Différence avec l’acide hyaluronique : on est davantage sur la biostimulation que sur le comblement. Les deux sont complémentaires, pas concurrents.
Q: Et les “skin boosters”, en quoi diffèrent‑ils d’un simple sérum ou d’un filler classique ?
Dr PRC: Les skin boosters sont généralement des acides hyaluroniques peu réticulés (parfois associés à des acides aminés, antioxydants, minéraux) injectés très superficiellement.
Objectif: hydrater de l’intérieur, améliorer la qualité de peau, lisser les micro‑ridules sans modifier les volumes.
Protocoles typiques: 2 à 3 séances espacées de 3 à 4 semaines, puis entretien 2 à 3 fois par an selon le mode de vie et la qualité de peau.
Q: La mésothérapie a‑t‑elle encore sa place en 2025 ?
Dr PRC: Absolument. La mésothérapie consiste à réaliser des micro‑injections intradermiques de cocktails adaptés (vitamines, acides aminés, oligo‑éléments, acide hyaluronique non réticulé…).
Atouts: coup d’éclat, homogénéité du teint, peau “repulpée” sans changement de formes.
Intérêt pratique: idéale en prévention, en “remise en route” après l’été ou l’hiver, et comme entretien entre deux plans de traitement plus structurants.
Q: On nous demande souvent: c’est quoi NCTF, exactement ?
Dr PRC: C’est le nom commercial d’un cocktail de mésothérapie très connu, composé d’acide hyaluronique non réticulé et d’un mélange de vitamines, minéraux, acides aminés et coenzymes.
Pour qui : peaux ternes, fines, déshydratées; zones délicates (cou, décolleté, mains).
À savoir : ce n’est pas un produit de comblement. On vise la qualité tissulaire, pas le volume.
Q: Comment décidez‑vous entre l’acide hyaluronique, polynucléotides, skin boosters, mésothérapie et NCTF ?
Dr PRC: Je raisonne en “couches” et en objectifs:
Qualité de peau : mésothérapie/skin boosters/NCTF; polynucléotides si besoin de biostimulation plus marquée.
Structure et volumes: acide hyaluronique réticulé aux bons points d’ancrage.
Finitions : micro‑doses d’acide hyaluronique selon les zones et les expressions.
Souvent, on séquence: d’abord la qualité (2–6 semaines), puis la structure, puis l’entretien.
Q: Quelles sont les durées d’effet typiques ?
Dr PRC: Ce sont des moyennes qui varient selon le métabolisme, la zone, le produit et l’hygiène de vie:
Acide hyaluronique volumateur : environ 9 à 18 mois selon la réticulation et la zone.
Skin booster : 3 à 6 mois, avec schéma d’induction + entretien.
Polynucléotides : effets appréciés vers 4 à 8 semaines, maintien souvent 6 à 12 mois avec protocole complet.
Mésothérapie/NCTF : coup d’éclat de quelques semaines à 3 mois; l’entretien fait la différence.
Q: Et côté sécurité, que doit savoir un patient ?
Dr PRC: Lorsque l’on se rend chez un médecin, on s’assure de plusieurs critères essentiels :
Consultation préparatoire : antécédents, allergies, traitements en cours, attentes réalistes.
Produits traçables, environnement stérile, hygiène irréprochable.
Gestion efficace des effets courants : rougeurs, petits bleus, gonflement transitoire.
Minimisation et prise en charge des risques plus rares : nodules, asymétries, occlusion vasculaire avec acide hyaluronique (d’où l’importance d’un praticien formé et de la disponibilité d’hyaluronidase).
Expertise sur les contre‑indications fréquentes : grossesse/allaitement, infection cutanée active, maladies auto‑immunes non stabilisées, certains traitements. On personnalise toujours.
Q: À quel âge commencer en “préventif” ?
Dr PRC: L’âge compte moins que les besoins : photoprotection quotidienne dès l’enfance; dès la vingtaine, hygiène de vie, rétinol/antioxydants topiques bien tolérés; en cabinet, on peut envisager mésothérapie/skin boosters/polynucléotides quand apparaissent les premiers signes (peau terne, déshydratée), sans toucher aux volumes si tout est harmonieux. Le curatif volumateur vient plus tard, quand la fonte graisseuse et la descente des tissus deviennent visibles.
Q: Peut‑on combiner ces traitements avec des lasers/peelings ?
Dr PRC: Oui, mais on planifie. Par exemple:
Séance d’énergie (laser/LED/radiofréquence) → attendre quelques jours/semaines selon l’acte → injections.
Après un peeling moyen, j’attends la cicatrisation complète avant les injections.
L’idée: ne pas sur‑inflammer la peau et optimiser la stimulation tissulaire.
Q: Quelles erreurs voyez‑vous encore trop souvent ?
Dr PRC:
Confondre qualité de peau et volume: mettre du volume là où la peau réclame surtout de la densité et de l’hydratation.
Trop traiter une zone isolée sans penser à l’harmonie globale.
Oublier le cou, le décolleté et les mains: indices d’âge redoutables.
Négliger le quotidien: soleil, tabac, sommeil, protéines, gestion du stress… ce sont des “co‑traitements” puissants.
Q: Votre “plan simple” pour quelqu’un qui veut débuter proprement ?
Dr PRC:
Bilan cutané + photo standardisée.
6 à 8 semaines “qualité”: skin boosters, mésothérapie ou polynucléotides selon la peau.
Retouche structurelle minimale en Acide hyaluronique si besoin (points d’appui, pas “volume partout”).
Entretien trimestriel/semestriel, ajusté aux saisons et à la vie du patient.
En pratique: les bonnes questions à poser à votre praticien
Quel est l’objectif prioritaire : qualité, volume, ou les deux ?
Pourquoi ce produit plutôt qu’un autre ?
Quel protocole d’induction et d’entretien ?
• • Que faire si un effet indésirable survient (contact, délais, hyaluronidase disponible) ?





